
La prochaine fois que j’écris quelque chose d’aussi long, promis, j’en fais un roman.
A ceux qui me demanderaient comment ça va, je répondrais qu’en ce moment, je me sens très Sébastien Tellier :) Même si je ne suis pas sûr que ça ait vraiment un sens.
En tout cas, j’suis bien content que lui et sa Ritournelle aient fait leur retour dans mon lecteur MP3 depuis Bombay.
Il y a pas peut être aussi que ma tondeuse à cheveux (et barbe) a craché ses dernières étincelles -et un petit nuage de fumée- avant de s’éteindre définitivement à Bangkok. Du coup, niveau look, j’suis plutôt parti pour lui ressembler, à Tellier. Enfin, t’inquiète, je porte un chapeau pour cacher le désastre.
(Et ok, j’exagère un poil.)
Tu l’as compris notre vie est dure, on se farcit couché de soleil sur couché de soleil, et avons fêté notre 8ème mois sans toi(t) et nos 31 ans il y un petit mois…
Un truc à savoir, si ça te tente de voyager un bout de temps, genre plus de 6 mois, un peu comme nous, c’est que, t’as beau avoir tout ce que tu veux dans ta vie, être à priori heureux, solide, à un moment dans le voyage, tu te remets en cause, tu réfléchis sur ta vie tout ça quoi. Tout comme les bulles finissent toujours par remonter à la surface d’un verre de Coca, les souvenirs resurgissent à un moment ou à un autre. Enfin surtout si t’es quelqu’un comme moi… Mais j’y reviendrais.
Bref, c’est inévitable, alors passons au (x?) bilan.
Alors les 30 ans ?
L’année de la trentaine, tout le monde fait du blé avec ça – on se demande comment se porterait la variété française sans ce thème, tout comme les séries US pour adulescents : friends (en son temps) et How I met Your Mother plus récemment. Et puis, il y a toutes ces pubs avec le beau-gosse-dynamique-gilette-for-men qui, à défaut de faire acheter ses crèmes, renvoie quand même l’idée que c’est frais d’avoir trente ans.
Mais ne t’inquiète pas, je ne vais pas chercher à te faire acheter du produit anti-ride avec cet article.
Mon histoire est un cliché.
Alors si je me dis que ça vaut le coup de la raconter c’est parce qu’il y a peut être de bons clichés, des clichés qui peuvent redonner un truc qui manque en France, un peu d’espoir. Parce que le reste de cet article ne va pas être une complainte, mais l’histoire d’un mec qui va bien.
Alors, je me rends bien compte que raconter son histoire comme ça, c’est hyper égocentrique.
[Par ailleurs, j’ai la chance de rencontrer des gens avec des histoires assez passionantes : là, là, là et là par exemple]
Mais, un peu à l’image de cette année sabbatique, je n’ai voulu la consacrer qu’à moi.
C’était et c’est mon année égoïste.
J’ai, pendant un moment, pensé consacrer quelques semaines à aider une asso, pensant que j’avais le temps, mais finalement, (et je l’ai déjà fait par le passé et le referais dans le futur) j’ai décidé que cette année, je ne la consacrerais qu’à m’aider, moi.
M’aider, moi… Mais qui suis-je ?
Je suis né à 3 ans, dans un hôpital de Noisy-le-Grand.
Ce sont mes premiers souvenirs, je découvre et apprends alors le mot « hélicoptère » que je vois à la fenêtre, j’aime bien le design de cet engin même si je n’ai pas encore conscience de ce qu’est le design. Le « grand » (8 ans peut être ?) qui m’apprend ce mot et partage ma chambre, est cloué au lit, les jambes sous des espèces de protection, comme si rien ne devait rentrer en contact avec elles.
Il paraît que je suis entré à l’hôpital en étant « un petit garçon adorable » en suis ressortit « beaucoup plus énervé ».
A l’hôpital, on m’a d’abord opéré une fois, pour essayer de réparer mon rein gauche, puis une deuxième fois, de retour en urgence à l’hôpital pour l’enlever.
J’ai appris là-bas l’ennui, le manque de ses proches, et n’est jamais lâché l’idée qu’à une autre époque la sélection naturelle ne m’aurait pas laissé passer.
A 9 ans, je découvrais le mot « surendetté ».
Faut dire qu’il fallait déjà piger « avoir des dettes », et puis, en avoir trop.
Donc oui, je suis aussi un enfant de la crise. D’ailleurs, les gens n’ont jamais eu que ce mot à la bouche.
Dans nos moments les plus difficiles, j’ai vu des gens laisser devant notre porte des cartons de nourritures parce que mes parents n’avaient plus les moyens d’aller faire les courses, mon père étant au chômage et ma mère travaillant comme garde d’enfants.
Comme mon ami Ali disait : « de la misère il en existe pas mal derrière les murs de nos petits pavillons de banlieues, parfois plus que dans nos cités. »
Quoiqu’il en soit à l’époque je lisais dans les yeux de mes grands frères qu’on était dans la merde.
J’allais comprendre l’importance de faire des études quand mon père retrouvait du travail via des chasseurs de tête qui étaient en quête d’un major de promo d’un DESS qu’il avait effectué en cours du soir.
Alors c’est bien simple, mes frangins et moi, on a été dopé aux études, c’était le truc le plus important pour mes parents. Peu importe que je finisse avec un avertissement discipline à chaque fin de trimestre si je passais dans la classe supérieure en maintenant mon 13 de moyenne (ça a duré un moment).
Plus tard, mes frères ont placé la barre haut. Leur palmarès : le plus grand a un diplôme d’une (petite) école de commerce effectué en alternance chez KFC qui s’implantait à peine, puis il a passé un diplôme d’expert comptable en cours du soir, et fini en ce moment son MBA chez HEC alors qu’il vient d’avoir des jumeaux. Ce diplôme, il l’effectue en continue, tout en étant toujours directeur financier d’une société fournissant de l’équipement pour forages pétroliers.
Le deuxième a réussi Sciences Po Paris. A fait un DESS là-bas et a un poste à haute responsabilité dans une mutuelle.
Le troisième a fait toutes ces études brillamment à l’Université de Marne-la-Vallée, finissant avec le DESS AIGEME et a lui aussi un poste à hautes responsabilités.
J’arrivais derrière tout ça, la seule chose pour laquelle j’étais doué était le dessin, avec lequel j’avais comblé les longs moments d’ennui que comportait mon enfance…
En pensant à cet article, il y a quelques jours, avec Phi, on a revu « Le péril jeune » de Cédric Klapish.
Mythique.
La première fois que je l’avais vu, c’était sur Arte, la diffusion télé avant la sortie en salle. L’on était pourtant tombé dessus en zappant par hasard avec mes 3 grands frères. Inoubliable.
Bref, ça m’a forcément rappelé mes 16 ans (faut dire que j’ai un pote qui était un vrai faux sosie de Chabert), et une soirée « squatte et pétards dans un garage de pavillon du 77 » de l’époque, où l’on jouait à « et toi t’imagines que seras où dans 10 ans ? » -avec nos cheveux longs et nos baggys, on n’était pourtant pas fans de Patrick Bruel.
Je suis de la génération Kurt Cobain-Metallica-Deftones-Korn, tout autant que de celle du Hip Hop, très Kery James puis DJ Medhi, d’Idéal J à « Lucky Boy ».
Le premier CD single que j’arrivais à m’acheter avec mes économies (je n’ai jamais été économe) était « All apologies » de Nirvana, sorti peu de temps avant sa mort alors que mon premier album CD était « Paris sous les bombes » du suprême NTM.
Bref, à l’époque, dans le garage, j’étais typiquement le genre à lancer ce type de discussions, faut dire aussi que j’ai toujours été un peu stressé sur mon âge, par rapport à ce que j’expliquais des épisodes de ma vie précédemment, mais aussi parce que j’ai toujours eu peur de ne pas en avoir profité assez.
Alors je me suis fait un équivalent de « Todo list » : ce que je veux faire de ma vie.
Dedans, pas de place pour « fonder une famille, avoir un pavillon de banlieue et travailler à la banque ». Bien que la conseillère d’orientation m’ait fortement déconseillé de tenter cette voix, je choisissais de faire une année de prépa en école d’Art, à l’ESAG, à Paris. Pour la financer, j’avais travaillé pendant l’été, mes parents en payaient une partie, et l’un de mes grands frères le reste. (j’ai des grands frères formidables)
Cette année de prépa fut difficile.
Je rencontrais là-bas plus forts et plus travailleurs que moi.
J’ai réagi l’année suivante et ai réussi un concours d’entrée au Gobelins, en tant qu’assistant Réalisateur multimédia.
Oui, je suis également de la génération Y, celle de « la bascule » technologique, dans laquelle j’allais trouver ma voie.
J’allais effectuer cette année en alternance et, du coup, commencer ma vie professionnelle.
A partir de là j’allais enchaîner les bons stages, les bonnes rencontres, les bonnes études « Maîtrise de Sciences et Techniques Audiovisuel et Multimédia » (mention bien) puis plus tard « Management de Projets Numériques Interactifs » également à Gobelins. Mes stages, mal payés, allaient me permettre de me dépasser et surtout par faire mes preuves.
Autant dire j’ai énormément travaillé, laissé de côté ma vie de fumeur-de-pétards-rêveur-banlieusard, baissé la tête et tout donné : acceptant le statut du stagiaire longue durée tout comme celui du freelance sous payé pendant des années.
Et ça a finit par payer.
J’ai eu la chance de fonder ma boîte avec deux amis et de vivre un rachat, et surtout de rencontrer, puis recruter La Dream Team dont j’avais toujours rêvé.
Avec tout ça, j’ai pu rayer un bon nombre de mes objectifs de ma Todolist, dont celui de ne plus avoir de prêt étudiant.
Peu avant, à 28 ans, j’avais la chance d’avoir une copine merveilleuse, belle et intelligente, une fille que j’avais toujours regardé à l’autre bout de la cours du lycée, et que j’ai finalement rencontré des années après, dans mon salon : elle s’installait 50 mètres plus loin en colloc avec la copine de mon colloc. Je ne sais pas si c’est très compréhensible mais, en gros, c’était un peu « friends », et elles s’étaient Monica et Rachel.
Ça a été rock’n’Roll 2 ans et demi.
Et puis j’ai décidé de faire ce tour du monde, sans toi.
On me dit souvent que j’ai l’air d’avoir des regrets, de la nostalgie ou de la « saudade » quand je parle de cette époque. Ceci dit, je ne me plains pas d’être célibataire sur un voyage comme celui-là. Et si j’ai rencontré quelqu’un avant de partir, et que ça a foiré, ce n’est pas plus mal non plus.
Tu m’as laissé partir, faire le choix de ce tour du monde, histoire de rayer, les derniers items de ma liste.
Je suis donc arrivé à 30 ans en ayant presque tout planifié.
Mis à part peut être que j’allais jouer à saute-mouton cette nuit là en revenant du Canal Saint Martin, et que le béton ça fait mal quand on se rate. Mais c’est une autre histoire.
Je suis arrivé à 30 ans, en ayant crée ma boîte Fcinq (Dream Team), en ayant travaillé pour un artiste que j’aime, Oxmo Puccino, en ayant fait des affiches de films (même si c’est des films d’auteurs sortis sur 5 copies), en ayant fait prof à Marne-la-vallée (reprezent), en ayant réalisé mon premier clip officiel, en ayant des amis en or, bref j’étais accompli, et mon congé sabbatique venait à peine d’être déposé.
Je m’offrais comme cadeau de voyager, de faire des rencontres et poser mon tablier d’artisant pour enfin travailler pour mes projets.
Pour parler du voyage, tout vient en même temps, alors je te mets tout dans le désordre :
tant des couleurs, tant de sourires, et notamment l’Inde, ces familles entières sur un scooter, des femmes en sarih en amazone, de la pauvreté aussi, des gens qui dorment comme des chiens , d’ailleurs à côté des chiens, des couchés de soleil dans la brume, descendre la RH 17 en moto, et plus récemment apprendre à plonger à Koh Tao, l’eau bleue turquoise de Thaïlande, ses trains de nuits et ses bars malsains, pas loin de rappeler les bus de 24h en Argentine et les nuits sans sommeil de Buenos Aires…Bref je pourrais débiter sans m’arrêter, mais en résumé, à 31 ans, je me sens vraiment chanceux.
A 31 ans, je vis mon tour du monde comme ma vie, j’essaie de profiter de chaque moment. Chaque couché de soleil vaut le coup d’être vécu !
Je laisse les grandes questions de ma vie, au moi que je serais à mon retour. Pas le moment d’y penser.
Ah oui ! Sinon, à 31 ans, je vais arrêter de raconter ma vie sur Internet. Pour ça, vivement que j’ai fini ce projet :)
Mais bref,
j’ai 31 ans
et je pourrais mourir demain, sans regret, sans remord.
par @jozue
PS: Maintenant que j’ai fini cet article je vais pouvoir aller tester l’opium :p
PS 2: Merci aux amis qui me pokent quotidiennement, c’était pas fait pour ça, mais ça me rappelle que vous pensez à moi ;)
[édité le 14.06.11]